La propriété chez Rousseau et Locke comparaison
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La propriété chez Rousseau et Locke comparaison
La pensée contractuelle est en politique un des courants les plus importants et les plus reconnus de l'époque contemporaine. Plusieurs auteurs et courants de pensée se rattachent à cette vision politique et sont de ce fait en accord avec cette conception des fondements de la société politique et de droit. Néanmoins, cette convergence n’est jamais totale et même parmi les plus grands représentants de cette pensée, il est courant de constater de grandes divergences dans leurs idées ou dans leurs représentations de la société et de l’être humain. Deux des plus éminents penseurs du contrat social ont d’ailleurs une vision complètement opposée concernant une des dimensions essentielles des sociétés de droit : la propriété. En effet, Rousseau et Locke s’accorderaient pour dire que la propriété joue un rôle de premier plan dans toutes sociétés, mais ils ne s’entendraient guère sur la nature des effets que celle-ci joue au sein des sociétés humaines.
L’objet du présent texte est de comparer l’idée de propriété dans la pensée de Locke et de Rousseau. Afin de bien cerner l’ensemble du sujet, je commencerai par présenter la propriété chez Rousseau, ensuite j’en ferai de même avec celle de Locke, puis je terminerai en comparant directement les deux pensées dans leurs ressemblances et leurs dissonances, afin de discerner la portée et les conceptions préalables de chacune.
La propriété chez Rousseau
L’œuvre de Rousseau nous dressant un portrait clair de sa conception de la propriété est sans doute le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, dans cette œuvre, il met en relation la propriété et l’état de l’homme et il montre comment la première fait passer l’homme de l’état de nature à celui politique. En ce sens, le rôle de la propriété sur la création de la société est primordial et même nécessaire, selon lui.
La réflexion de Rousseau débute dans un état de nature hypothétique où l’homme vit seul, où il est indépendant et où il cultive des vertus, au sens où il parvient à remplir ses besoins sans aide extérieur ni outils. La première fin de l’homme est de veiller à sa conservation et seule la pitié (ainsi que les limites de sa puissance) qu’il a envers ses semblables le freine dans ces actions, il n’y a pas encore de morale dans cet état. L’homme y est authentique, il agit selon ses instincts et cet homme est aux yeux de Rousseau celui le plus vénérable et fort. L’histoire de l’homme et de ses développements part de ce moment et est donc une histoire de décadence où l’homme ne cesse de se perdre et de s’efféminer. Le rôle de la propriété est crucial dans ces développements. Celle-ci, à mesure qu’elle s’immisce dans l’environnement humain, est source de décadence et de corruption. Il n’est donc pas surprenant de voir que pour Rousseau la propriété est mauvaise, en ce sens qu’elle pervertit l’homme et ses vertus naturelles.
Plus précisément, la place qu’occupe la propriété dans la vie des hommes change petit à petit. Dans son univers solitaire, l’homme naturel commence déjà à se servir de quelques outils pour arriver à confronter les dangers de la nature. L’utilisation de bâtons, du feu et de fourrures témoigne de cet embryon de propriété et à ce point elle n’a presque pas d’effets nocifs pour l’homme. C’est avec l’augmentation de la population et des contacts entre hommes que les premières alliances libres se créent, puis le développement technique donne lieu à la sédentarisation (Rousseau, 1969 : 97). L’idée de la propriété est par la suite renforcée avec la création de demeures fixes appartenant à des familles. De plus, dans cet état, une distinction entre l’être et le paraître naît, le côté authentique et indépendant de l’homme s’effrite déjà et la propriété en est la première cause, car elle permet l’instauration de la vie sociale. Dans le même ordre d’idée, l’amour propre prend forme et contrebalance l’indolence naturelle de l’homme, cela combiné à l’importance de la reconnaissance et de l’estime donne lieu à la rupture entre être et paraître. Tous ces bouleversements proviennent d’abord de la place grandissante de la propriété, mais, ensuite, de l’apparition de l’idée de considération sociale, celle-ci permettra aussi de créer la civilité et la morale (Rousseau, 1969 : 100).
L’étape suivante du développement survient à la suite de progrès d’ordre technique concernant principalement l’agriculture et la métallurgie. Ces progrès viennent briser la liberté naturelle de l’homme et l’assujettissent toujours plus à ses semblables (Rousseau, 1969 : 105), car dans cette spécialisation l’homme ne voit plus à tous ses besoins et remet entre les mains de ses voisins la capacité de remplir certains d’entre eux. En fait, la propriété et les inégalités, tel qu’entendu de nos jours, se matérialisent dans cet état avec le travail de groupe qui donne l’idée d’accumulation de richesse et rend le travail nécessaire à chaque homme (Rousseau, 1969 : 101). Avec la consolidation de cette société, le partage des terres et des travaux renforcent les inégalités naturelles, qui, combinées à l’amour-propre, donnent lieu à un état de guerre où chacun croit avoir des droits sur les autres. Pour remédier à cet état, ceux qui ont le plus à perdre, les propriétaires, se coalisent et convainquent les pauvres d’instaurer un état de droit où un pouvoir politique veillera aux droits de chaque citoyen. Or, comme la propriété reposait jusqu’à ce point sur la force, car c’était le seul pouvoir qui la protégeait, à partir de l’établissement de la loi et des conventions politiques, le droit et le pouvoir de la justice veilleront à son maintien. L’État devient ainsi un instrument de domination des riches sur les pauvres, car il institutionnalise les inégalités.
La propriété chez Locke
La façon dont Locke parle et introduit la propriété n’est pas analogue à celle de Rousseau. En effet, Locke commence par démontrer que l’homme a le droit de se conserver, qu’il s’agit de son premier droit, et que la Terre a été donnée aux hommes en commun pour qu’ils y trouvent les objets de leurs besoins. Comme l’homme a le droit de se conserver et qu’il a la Terre pour y parvenir, il s’ensuit que la Terre est la propriété de la race humaine en entier. La propriété est donc un droit inaliénable de l’homme dans l’état de nature. D’autre part, la Terre est assez abondante en ressources pour que tous y trouvent ce dont ils ont besoin, or même si l’homme s’approprie les choses qui sont nécessaires à ses besoins essentiels, il est peu probable que les autres en souffrent. De plus, comme l’homme est raisonnable, selon Locke, les excès sont quasi-inexistants. Ces excès sont les limites naturelles des ressources et les besoins des autres hommes. Effectivement, un homme qui acquiert tellement de ressources que ses semblables n’y ont plus accès, ou que celles-ci périssent (Locke, 1992 : 171) fait mauvais usage de la nature et devrait être puni, selon Locke.
La propriété n’est pas le seul effet de l’acquisition, elle est également l’effet du travail humain sur un produit, en fait en transformant la nature l’homme ajoute son travail au produit et se l’approprie. En somme, il y a deux types de propriétés originelles chez Locke : celle de simple appropriation, lorsqu’on prend une ressource, et celle de transformation de la nature, qui se fait par le travail. Par ailleurs, dans l’état de nature, la propriété est bornée par le besoin des autres hommes et pas les propriétés des ressources (leur longévité, par exemple).
Ces limites disparaissent lorsque l’argent prend la relève des ressources comme source de valeur. Comme la monnaie n’est pas périssable, la propriété prend des proportions beaucoup plus grandes et elle ne peut plus être encadrée par les limites présentées plus haut. Selon cette même logique, l’argent dissocie le travail des besoins, et presque tout peut devenir l’objet de la propriété (Locke, 1992 : 179), dans un tel environnement, il est donc nécessaire d’imposer des bornes afin de donner de nouvelles limites à la propriété, autrement celle-ci pourrait nuire à une partie de la population qui se retrouverait presque sans ressource. C’est ainsi que les propriétaires s’unissent et d’un commun accord créent un pouvoir politique et des lois qui doivent veiller au respect de la propriété privée et de la valeur de la monnaie. Une fois bien réglementée, la propriété devient en grande partie le moyen d’épanouissement des citoyens et une partie du bien public, la société politique doit donc assurer la possibilité de la jouissance matérielle de ces citoyens.
Comparaison entre Locke et Rousseau
Dans cette section je tenterai davantage d’expliciter les différences entre la perspective de Locke et de Rousseau, que de simplement distinguer les différences, ainsi une compréhension plus grande en découlera. D’abord, il est intéressant de constater à quel point dans l’état naturel l’homme de Rousseau est plus près de ses instincts que chez Locke. En effet, tout le côté psychologique du développement de Rousseau tend à démontrer que l’homme est très près de la bête et qu’il n’utilise que très peu sa raison, il fonctionne plutôt au moyen de ses instincts et de ses besoins. À l’inverse, Locke transpose l’homme actuel dans un autre contexte et cela constitue son état de nature. Il n’est donc pas surprenant qu’avec deux conceptions si différentes de l’homme, le rapport à la propriété soit si divergent. Dans le cas de Locke, l’homme semble dès son apparition vouloir travailler et marchander avec ses semblables et ainsi posséder plus, tandis qu’avec Rousseau, l’homme n’a même pas développé les facultés lui permettant de planifier au-delà de ses besoins immédiats. La grande distinction c’est que pour penser la propriété et la désirer il faut être doté de raison et chez Rousseau l’homme n’en a pas encore, dans l’état de nature.
Dans un autre ordre d’idée, un point de convergence important dans la pensée des deux auteurs est le rapport qui lie la propriété à l’institution d’un pouvoir politique, à travers un contrat social. Bien que la démonstration ne soit pas exactement identique, sur le rôle de la monnaie et l’état de guerre par exemple, les deux auteurs s’entendent pour affirmer que lorsque la société est parvenue à un certain point, la propriété devient un facteur d’instabilité et d’injustice sociale. Ceux-ci démontrent que l’établissement d’un État de droit où la loi et la justice règnent devient indispensable, toutefois le moyen n’est pas le même. Pour Locke, les propriétaires passent un accord entre eux pour se préserver des autres, tandis que pour Rousseau les propriétaires convainquent les moins bien nantis d’instaurer un tel pouvoir pour se préserver de ces derniers.
D’autre part, Locke a une conception particulière de la propriété sur quelques points importants, notamment sur les liens qui la lient à l’épanouissement et à la liberté. Dans le premier cas, il conçoit l’homme (et la société) comme un être qui s’accomplit et s’épanouit à travers la possession et plus précisément à travers la prospérité matérielle. En extrapolant, Locke va jusqu’à nous donner l’impression que la liberté découle du fait que nous sommes propriétaire, dont en premier lieu propriétaire de soi, de notre corps et de notre esprit, ce qui nous donnerait droit de disposer de soi-même selon notre gré. Il va sans dire que Rousseau ne conçoit pas la propriété comme quelque chose d’aussi englobant et surtout en ce qui concerne la liberté, qui se rapproche d’ailleurs davantage de l’indépendance. Selon lui, elle est plutôt la source de la chute d’une l’égalité et elle est une forme de contrainte, on devient dépendant de ce qu’on possède. Puis, en rapport à l’épanouissement, la propriété ne permet pas une plus grande affirmation de soi chez Rousseau, au contraire elle le rend plus artificiel et faux, elle lui fait perdre ses vertus naturelles et même sa pitié naturelle, elle fait de l’homme un loup pour l’homme. L’homme perd jusqu’au sens de sa vie, car il se perd lui-même.
L’objet du présent texte est de comparer l’idée de propriété dans la pensée de Locke et de Rousseau. Afin de bien cerner l’ensemble du sujet, je commencerai par présenter la propriété chez Rousseau, ensuite j’en ferai de même avec celle de Locke, puis je terminerai en comparant directement les deux pensées dans leurs ressemblances et leurs dissonances, afin de discerner la portée et les conceptions préalables de chacune.
La propriété chez Rousseau
L’œuvre de Rousseau nous dressant un portrait clair de sa conception de la propriété est sans doute le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, dans cette œuvre, il met en relation la propriété et l’état de l’homme et il montre comment la première fait passer l’homme de l’état de nature à celui politique. En ce sens, le rôle de la propriété sur la création de la société est primordial et même nécessaire, selon lui.
La réflexion de Rousseau débute dans un état de nature hypothétique où l’homme vit seul, où il est indépendant et où il cultive des vertus, au sens où il parvient à remplir ses besoins sans aide extérieur ni outils. La première fin de l’homme est de veiller à sa conservation et seule la pitié (ainsi que les limites de sa puissance) qu’il a envers ses semblables le freine dans ces actions, il n’y a pas encore de morale dans cet état. L’homme y est authentique, il agit selon ses instincts et cet homme est aux yeux de Rousseau celui le plus vénérable et fort. L’histoire de l’homme et de ses développements part de ce moment et est donc une histoire de décadence où l’homme ne cesse de se perdre et de s’efféminer. Le rôle de la propriété est crucial dans ces développements. Celle-ci, à mesure qu’elle s’immisce dans l’environnement humain, est source de décadence et de corruption. Il n’est donc pas surprenant de voir que pour Rousseau la propriété est mauvaise, en ce sens qu’elle pervertit l’homme et ses vertus naturelles.
Plus précisément, la place qu’occupe la propriété dans la vie des hommes change petit à petit. Dans son univers solitaire, l’homme naturel commence déjà à se servir de quelques outils pour arriver à confronter les dangers de la nature. L’utilisation de bâtons, du feu et de fourrures témoigne de cet embryon de propriété et à ce point elle n’a presque pas d’effets nocifs pour l’homme. C’est avec l’augmentation de la population et des contacts entre hommes que les premières alliances libres se créent, puis le développement technique donne lieu à la sédentarisation (Rousseau, 1969 : 97). L’idée de la propriété est par la suite renforcée avec la création de demeures fixes appartenant à des familles. De plus, dans cet état, une distinction entre l’être et le paraître naît, le côté authentique et indépendant de l’homme s’effrite déjà et la propriété en est la première cause, car elle permet l’instauration de la vie sociale. Dans le même ordre d’idée, l’amour propre prend forme et contrebalance l’indolence naturelle de l’homme, cela combiné à l’importance de la reconnaissance et de l’estime donne lieu à la rupture entre être et paraître. Tous ces bouleversements proviennent d’abord de la place grandissante de la propriété, mais, ensuite, de l’apparition de l’idée de considération sociale, celle-ci permettra aussi de créer la civilité et la morale (Rousseau, 1969 : 100).
L’étape suivante du développement survient à la suite de progrès d’ordre technique concernant principalement l’agriculture et la métallurgie. Ces progrès viennent briser la liberté naturelle de l’homme et l’assujettissent toujours plus à ses semblables (Rousseau, 1969 : 105), car dans cette spécialisation l’homme ne voit plus à tous ses besoins et remet entre les mains de ses voisins la capacité de remplir certains d’entre eux. En fait, la propriété et les inégalités, tel qu’entendu de nos jours, se matérialisent dans cet état avec le travail de groupe qui donne l’idée d’accumulation de richesse et rend le travail nécessaire à chaque homme (Rousseau, 1969 : 101). Avec la consolidation de cette société, le partage des terres et des travaux renforcent les inégalités naturelles, qui, combinées à l’amour-propre, donnent lieu à un état de guerre où chacun croit avoir des droits sur les autres. Pour remédier à cet état, ceux qui ont le plus à perdre, les propriétaires, se coalisent et convainquent les pauvres d’instaurer un état de droit où un pouvoir politique veillera aux droits de chaque citoyen. Or, comme la propriété reposait jusqu’à ce point sur la force, car c’était le seul pouvoir qui la protégeait, à partir de l’établissement de la loi et des conventions politiques, le droit et le pouvoir de la justice veilleront à son maintien. L’État devient ainsi un instrument de domination des riches sur les pauvres, car il institutionnalise les inégalités.
La propriété chez Locke
La façon dont Locke parle et introduit la propriété n’est pas analogue à celle de Rousseau. En effet, Locke commence par démontrer que l’homme a le droit de se conserver, qu’il s’agit de son premier droit, et que la Terre a été donnée aux hommes en commun pour qu’ils y trouvent les objets de leurs besoins. Comme l’homme a le droit de se conserver et qu’il a la Terre pour y parvenir, il s’ensuit que la Terre est la propriété de la race humaine en entier. La propriété est donc un droit inaliénable de l’homme dans l’état de nature. D’autre part, la Terre est assez abondante en ressources pour que tous y trouvent ce dont ils ont besoin, or même si l’homme s’approprie les choses qui sont nécessaires à ses besoins essentiels, il est peu probable que les autres en souffrent. De plus, comme l’homme est raisonnable, selon Locke, les excès sont quasi-inexistants. Ces excès sont les limites naturelles des ressources et les besoins des autres hommes. Effectivement, un homme qui acquiert tellement de ressources que ses semblables n’y ont plus accès, ou que celles-ci périssent (Locke, 1992 : 171) fait mauvais usage de la nature et devrait être puni, selon Locke.
La propriété n’est pas le seul effet de l’acquisition, elle est également l’effet du travail humain sur un produit, en fait en transformant la nature l’homme ajoute son travail au produit et se l’approprie. En somme, il y a deux types de propriétés originelles chez Locke : celle de simple appropriation, lorsqu’on prend une ressource, et celle de transformation de la nature, qui se fait par le travail. Par ailleurs, dans l’état de nature, la propriété est bornée par le besoin des autres hommes et pas les propriétés des ressources (leur longévité, par exemple).
Ces limites disparaissent lorsque l’argent prend la relève des ressources comme source de valeur. Comme la monnaie n’est pas périssable, la propriété prend des proportions beaucoup plus grandes et elle ne peut plus être encadrée par les limites présentées plus haut. Selon cette même logique, l’argent dissocie le travail des besoins, et presque tout peut devenir l’objet de la propriété (Locke, 1992 : 179), dans un tel environnement, il est donc nécessaire d’imposer des bornes afin de donner de nouvelles limites à la propriété, autrement celle-ci pourrait nuire à une partie de la population qui se retrouverait presque sans ressource. C’est ainsi que les propriétaires s’unissent et d’un commun accord créent un pouvoir politique et des lois qui doivent veiller au respect de la propriété privée et de la valeur de la monnaie. Une fois bien réglementée, la propriété devient en grande partie le moyen d’épanouissement des citoyens et une partie du bien public, la société politique doit donc assurer la possibilité de la jouissance matérielle de ces citoyens.
Comparaison entre Locke et Rousseau
Dans cette section je tenterai davantage d’expliciter les différences entre la perspective de Locke et de Rousseau, que de simplement distinguer les différences, ainsi une compréhension plus grande en découlera. D’abord, il est intéressant de constater à quel point dans l’état naturel l’homme de Rousseau est plus près de ses instincts que chez Locke. En effet, tout le côté psychologique du développement de Rousseau tend à démontrer que l’homme est très près de la bête et qu’il n’utilise que très peu sa raison, il fonctionne plutôt au moyen de ses instincts et de ses besoins. À l’inverse, Locke transpose l’homme actuel dans un autre contexte et cela constitue son état de nature. Il n’est donc pas surprenant qu’avec deux conceptions si différentes de l’homme, le rapport à la propriété soit si divergent. Dans le cas de Locke, l’homme semble dès son apparition vouloir travailler et marchander avec ses semblables et ainsi posséder plus, tandis qu’avec Rousseau, l’homme n’a même pas développé les facultés lui permettant de planifier au-delà de ses besoins immédiats. La grande distinction c’est que pour penser la propriété et la désirer il faut être doté de raison et chez Rousseau l’homme n’en a pas encore, dans l’état de nature.
Dans un autre ordre d’idée, un point de convergence important dans la pensée des deux auteurs est le rapport qui lie la propriété à l’institution d’un pouvoir politique, à travers un contrat social. Bien que la démonstration ne soit pas exactement identique, sur le rôle de la monnaie et l’état de guerre par exemple, les deux auteurs s’entendent pour affirmer que lorsque la société est parvenue à un certain point, la propriété devient un facteur d’instabilité et d’injustice sociale. Ceux-ci démontrent que l’établissement d’un État de droit où la loi et la justice règnent devient indispensable, toutefois le moyen n’est pas le même. Pour Locke, les propriétaires passent un accord entre eux pour se préserver des autres, tandis que pour Rousseau les propriétaires convainquent les moins bien nantis d’instaurer un tel pouvoir pour se préserver de ces derniers.
D’autre part, Locke a une conception particulière de la propriété sur quelques points importants, notamment sur les liens qui la lient à l’épanouissement et à la liberté. Dans le premier cas, il conçoit l’homme (et la société) comme un être qui s’accomplit et s’épanouit à travers la possession et plus précisément à travers la prospérité matérielle. En extrapolant, Locke va jusqu’à nous donner l’impression que la liberté découle du fait que nous sommes propriétaire, dont en premier lieu propriétaire de soi, de notre corps et de notre esprit, ce qui nous donnerait droit de disposer de soi-même selon notre gré. Il va sans dire que Rousseau ne conçoit pas la propriété comme quelque chose d’aussi englobant et surtout en ce qui concerne la liberté, qui se rapproche d’ailleurs davantage de l’indépendance. Selon lui, elle est plutôt la source de la chute d’une l’égalité et elle est une forme de contrainte, on devient dépendant de ce qu’on possède. Puis, en rapport à l’épanouissement, la propriété ne permet pas une plus grande affirmation de soi chez Rousseau, au contraire elle le rend plus artificiel et faux, elle lui fait perdre ses vertus naturelles et même sa pitié naturelle, elle fait de l’homme un loup pour l’homme. L’homme perd jusqu’au sens de sa vie, car il se perd lui-même.

Richelieu- Ministre de la Propagande
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